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6 Janvier

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Phase 4 - Le sable

L’intérêt d’un lit de sable est son phénomène de diffusion comme nous l’avons vu pour les pierres vivantes. Le même cycle de l’azote s’élabore au premier niveau de la couche de sable ; ensuite, dans les couches inférieures plus faibles en teneur d’oxygène, se réalise un effet de dénitrification par la consommation de l’atome d’oxygène.

En fait, la dénitrification fait d'une pierre deux coups. Pour produire des enzymes qui réduiront les nitrates en respirant leurs atomes d'oxygène, les bactéries utilisent comme source organique les détritus piégés dans le substrat et des composés dissous (d'après Sprung, 1996): autant de pollution latente qui ne s'accumulera pas. La décomposition des matières organiques pendant la dénitrification produit des carbonates et du dioxyde de carbone. Les premiers augmentent directement l'alcalinité, et le dernier réagit avec le substrat calcaire et le dissout. Les acides produits pendant la nitrification agissent également en ce sens. Ce phénomène n'est pas marginal, car il peut être nécessaire de compenser la dissolution dans l'aquarium en y ajoutant régulièrement du sable de corail. Le seul inconvénient potentiel est la libération éventuelle des phosphates liés au substrat. Ce désavantage est minime car ils ne tardent pas à reprécipiter sous forme de phosphates de calcium si le pH est assez élevé dans l'aquarium. Voilà pour l’aspect biologique du système.

Il est important de choisir un sable de corail calcaire en évitant par exemple le sable de Maërl. La sable d'aragonite, directement composé de débris coralliens, semble être idéal. La granulométrie sera de l'ordre de 3 à 6 mm et sans arête vive (pour ne pas blesser les poissons fouisseurs). Une épaisseur de 3 à 4 cm suffit. Il s'agit donc de déposer le sable en respectant cette épaisseur et en entourant les pierres vivantes.

Phase 5 - L'introduction des premiers animaux

Notre installation serait parfaite à quelques détails près. La méthode berlinoise repose sur des mécanismes biochimiques et écologiques naturels, et les interactions qui existent entre les êtres vivants et leur environnement. Notre installation sera proche de l'idéal lorsque nous aurons introduit quelques animaux bien choisis, véritables équipe d'entretien de notre écosystème captif. L’ensemble des mers du globe comprend environ 20 000 espèces de poissons. La diversité des invertébrés marins est 25 fois supérieure, soit 500 000 espèces. Les plus nombreuses d’entre-elles identifient des individus aussi nombreux que différents : les polychètes (vers tubicoles, etc), les crustacés (crevettes, crabes, etc), les mollusques (escargots, etc) et les échinodermes (oursins, étoiles de mer, etc) présentent sur le récif corallien des taux de population très supérieurs aux animaux, poissons et invertébrés fixés, qui peuplent en priorité la plupart des aquariums. Et oui, cette population si importante en nombre sur le récif doit indiscutablement trouver sa place dans notre aquarium. Le contrôle des algues est un problème de taille dans le récif corallien et dans l’aquarium récifal. La forte luminosité des zones peu profondes est, malgré des nutriments à des concentrations très faibles, propice au développement des végétaux les plus productifs de l’écosystème. Les poissons se chargent souvent d'en réduire la taille mais des auxiliaires complémentaires se chargent de finir le travail.

Revenons à notre installation et considérons que l'équilibre commence à s'effectuer. Nous pouvons donc envisager après l'introduction du sable, d'acclimater les premier pensionnaires invertébrés. La star des "goûteurs" d'herbe est Astraea à dos conique, importé des Caraïbes. Cet escargot a des formes et des tailles assez diverses. Il ne faut pas nier qu'il est relativement fragile mais que dans de bonnes conditions il est susceptible de se reproduire. Julian Sprung et J. Charles Delbeek préconisent un individu pour 4 litres d'eau. Trochus est également un escargot herbivore un peu plus gros. Turbo fera également l'affaire. Les chitons (Chiton spp. et Acanthopleura spp.., par exemple), au corps ovale et plat, accompagnent souvent les pierres vivantes en provenance des Caraïbes et sont de bons végétariens d’appoint. Les patelles ("chapeaux chinois") et leur variante au sommet troué (Hemitoma spp.., Diodora spp.) font le ménage autour de leur domicile.

Quelques échinodermes peuvent participer au service de nettoyage, en particulier, ceux friands d'algues. Leur principal défaut est leur capacité à dévorer également les algues calcaires (roses) que nous tentons de faire pousser !

Enfin, les petits bernard l'ermite communément nommés par les aquariophiles (pattes bleues ou pattes rouges) sont de très bons herbivores et poubeliers de l'aquarium. Leur présence est quasi-obligatoire en assez grande quantité.

Les étoiles de mer (ophiures) ont également un rôle essentiel à jouer comme tranformateurs de sédiments et de déchets.

Et après...
L'installation est terminée et la période de rodage est largement entamée. Il faut encore attendre quelques semaines pour que la stabilisation soit parfaite, en continuant d'observer de très près les évolutions. Il est assez merveilleux d'observer les transformations physiques, les changements de couleur, les phases de pousse et de réduction des algues, de voir le sable occupé par des vers et toutes sortes de petits crustacés qui courent également sur les pierres vivantes, et d'observer la colonisation des algues calcaires qui prennent le dessus sur des algues supérieures vertes. Bref, les rouages se mettent en place !

En réalité, il y a une suite à cette installation mais que je ne vais pas détailler dans cette intervention. Elle correspond au jour où vous allez introduire les animaux pour lesquels vous avez pris tant et tant de précautions. Le choix en cette matière est affaire de goût, soit, mais également il doit correspondre à un choix écologique au sens de l'aquarium, puisque parfois, tels et tels animaux ne seront pas compatibles, ou tel autre nécessitera des soins auquels vous n'êtes pas prêts. Il est très important de vous informer sur les espèces qui vous font envie et sur leurs besoins respectifs, et ceci, même avant l'installation de votre aquarium.

Dans le cas de l'aquarium récifal destiné à accueillir des coraux à petits polypes, il est courant d'ajouter des auxiliaires techniques quelques mois après l'installation et de recourir à l'ajout supplémentaire de quelques oligo-éléments.

Strontium et oligo-éléments
Le strontium est un élément majeur (8 mg/l) dans l'eau de mer et voit sa concentration décroître rapidement en aquarium. Il se retrouve dans le squelette calcaire des coraux durs. Des solutions du commerce permettent d'assurer le manque. L'iode est également un élément important qu'il faut ajouter via une solution du commerce ou une solution d'iodure de potassium à 10 %. Une solution de Lugol peut également être utilisée (à commander en pharmacie). Il est également possible d'ajouter tous les autres oligo-éléments grâce à des solutions du commerce.

Eau de chaux, réacteur à calcium
Tous les aquariophiles récifaux ont entendu ou entendront parler de l'apport d'eau de chaux, véritable magie mis au point par Peter Wilkens. Cette technique permet un apport d'ions calcium utiles aux coraux durs, et en moindre mesure, aux coraux mous. Elle permet également de remonter le pH. L'apport d'eau de chaux favorise la régénération des bicarbonates et donc, de maintenir une certaine dureté carbonatée. Enfin, cet apport neutralise les phosphates en les précipitant sous forme de phosphates de calcium insolubles. L'apport idéal d'eau de chaux est effectué grâce à l'usage d'un réacteur à calcium. Le principe est de dissoudre de la chaux avec de l'eau osmosée. Généralement l'ensemble de l'évaporation est remplacé par l'eau de chaux.

Réacteur à calcaire
Le principe est de dissoudre un support calcaire (sable de corail ou d'aragonite) grâce à du gaz carbonique. Le support est alors transformé en calcium et en bicarbonates. On utilise un réacteur qui possède une chambre dans laquelle circulent l'eau et le gaz carbonique, et une petite partie d'eau se déverse dans l'aquarium. Attention, l'apport de gaz carbonique exagéré peut conduire à une baisse du pH et participer à l'apparition d'algues indésirables. L'usage d'un pH-mètre électronique couplé à une électrovanne réduit les risques.

Solutions complètes
Il existe également des solutions complètes d'apport de calcium et de carbonates / bicarbonates sous forme de chlorures de calcium et de carbonates et bicarbonates de sodium. Ces solutions sont complétées avec le strontium, l'iode et l'ensemble des oligo-éléments généralement rencontrés.


Voilà donc une vision superficielle et minimum pour démarrer un aquarium récifal de type berlinois et plutôt destiné à héberger des coraux constructeurs de récifs. Il est bien sûr évident que chaque partie de cet synthèse exiges un développement complet. Il existe une importante bibliographie et de nombreuses publications sur l'ensemble des thèmes que nous avons abordés en particulier sur les supports de communication de l'ARA !

Auteur: Philippe Royer
Crédit photos: Yannick Ghignon



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